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Affiche du film The Tree Of Life
The Tree Of Life

The Tree of Life de Terrence Malick. Quelques notes...

publié le 1er juillet 2011

Terrence Malick a produit avec Robert Redford un film de Laura Dunn intitulé The Unforeseen.
L'idée de départ était semble-t-il une proposition que Malick avait fait à la réalisatrice.

The Unforeseen

Le propos de Malick était le suivant : “Take Barton Springs as that which God gave us, and look at what we’re doing to it.” Autrement dit : "Prends Barton Springs comme un cadeau de Dieu, et observe ce que nous en faisons."
Dit comme ça, il est fort improbable que les spectateurs qui ne voient que bondieuseries dans The Tree of Life se précipitent sur The Unforeseen, documentaire de 2007.

Barton Springs Pool est la magnifique piscine que filme Terrence Malick dans son dernier film et dans laquelle les enfants font l'expérience de la mort. Un lieu aménagé juste ce qu'il faut pour que les habitants d'Austin puissent s'y rafraîchir et y apprécier la nature environnante.

Le film de Laura Dunn raconte le combat que se sont livrés citoyens, promoteurs immobiliers, lobbyistes et politiciens pour ou contre les nombreux projets immobiliers qui se sont développés autour de la piscine et des réserves d'eau souterraines.

Barton Springs Pool Barton Springs Pool

Gary Bradley est un promoteur immobilier qui intervient tout au long du film et dès le début, il exprime un sentiment présent dans The Tree of Life. Né au Texas au milieu des champs, Bradley raconte comment il se cachait une nuit où une tornade s'abattait sur la région, et comment il avait découvert au petit matin, une terre dévastée.
Il explique que très vite pour un enfant comme lui, la nature devient Dieu, et qu'il a quitté la ferme dès qu'il a put pour vivre une vie sur laquelle il aurait plus de contrôle.

A Austin il va découvrir une ville où il fait bon vivre et dont il va pouvoir aménager l'environnement naturel selon ses désirs.

Planifications

Dans The Tree Of Life, un architecte qui planifie, qui a domestiqué la nature se souvient (rejoue ? idéalise ?) d'un moment de sa vie. Un enfant du Texas s'éveillant au monde, à la nature de ce monde et à sa propre nature humaine.

Le Texas des années 50-60 de Terrence Malick n'est pas le New-York de Mad Men. Ici, pas d'alcool, pas de clopes, mais des prières, du labeur, du mystère. Et des jeux, une vie débordante, une sensibilité à fleur de peau, l'amour. Toutes choses jaillissant en dehors de toute planification. Émerveillement toujours renouvelé chez Terrence Malick, en témoigne la séquence improvisée du papillon (lire ici).

Pour le zombie que l'adulte Jack est devenu, ce moment d'une enfance au Texas s'inscrit dans un plan plus vaste qui trouve ses origines dans la naissance de la vie sur terre. A cette longue séquence, ce long rêve des origines, font échos des moments de fantaisie pure comme celui où Jessica Chastain vole (danse dans les airs) après qu'elle a raconté son baptême de l'air. Ou encore celui où la mort de maman, lorsqu'elle est évoquée, amène un plan faisant d'elle une belle au bois dormant. Ces images mentales s'immiscent dans un ensemble qui n'est fait que de ruptures de ton, de voix, de musiques, de coupes à l'intérieur des plans, comme ici, et d'absences.

Béances - errances

Ainsi, de ce qui suit le cataclysme de l'annonce du décès d'un enfant, nous ne saurons rien. Nous ne voyons que l'avant puisque ce traumatisme est suivit de la naissance de la vie sur terre, d'une météorite s'écrasant sur la planète, semblant sceller le sort des dinosaures, puis de nombreuses expériences de l'enfance qui constituent l'individu que devient Jack, jusqu'au départ de la famille O'brian après que l'entreprise du père a fermé l'usine. Ce départ, vécu comme un déchirement par les enfants, sonne comme un adieu au paradis. En cela, l'aveu d'échec du père rejoint le questionnement de Jack sur ce qu'il a enclenché (en s'efforçant de faire le mal, selon lui. En grandissant, tout simplement, selon nous). Père et fils s'attribuant ainsi la responsabilité dans l'expulsion de leur famille du paradis.

Et nous sommes loin, à ce moment précis, de l'annonce faite à la mère du décès de son enfant de 19 ans. Ce qui suit cette annonce ce ne sont que des personnages qui errent : Brad Pitt et Jessica Chastain dans la rue, Sean Penn dans les pièces nues de sa maison d'architecte, dans les couloirs de son entreprise, Brad Pitt sur sa pelouse, la main serrée sur un tuyau d'arrosage pour en retenir l'eau, poussant les femmes venues consoler sa femme à les laisser tranquille (We're all right) jusqu'aux personnages réunis pour la séquence finale qui constitue le dernier trauma du film pour le spectateur.

Pour cette raison, les errances de Sean Penn dans son entreprise, dans sa maison ou encore dans la ville sont nécessaires en ce qu'elles mettent en avant absences et béances dans la narration. Que devient la famille à la mort de l'enfant ? Que devient l'autre frère ? Qu'en est-il de la réaction de Jack ? Les conséquences qui devraient normalement suivre un tel évènement ne sont pas représentées.

La bougie, dans sa cuisine vide de sa maison vide, symbolise peut-être pour Jack l'esprit sain, le frère défunt. Elle fait surtout surgir l'absence de vie (de naissance) dans ce temps du film. Sean Penn et sa compagne sont on ne peut plus distants. Ce n'est pas un couple, "c'est une poussière" comme le dit Françoise Lebrun dans La Maman et la Putain d'Eustache. Et Jessica Chastain disant que "sans amour, la vie passe comme un éclair" ne dit pas autre chose. Jack adulte peut vivre, aimer et donner la vie. Rester poussière, certes, mais poussière d'or.

Après la précipitation des voix et l'éclatement du récit, les repères disparaissent. Sur la plage, dans la séquence finale, la famille de Jack porte les vêtements que l'on portait aux États-Unis dans les années 50. Cette vision est un double de la famille de Jack qui ne connaîtrait pas la souffrance de la perte de l'un de ses membres. Sur la plage, plus de cloisons, plus de vitres. Plus de portes que l'on doit refermer en silence, sinon celle que Jack devenu adulte doit refermer discrètement sur sa vision béate de famille "recomposée", afin de retrouver une réalité "augmentée" de cette vision.

Une phrase en guise de conclusion :

2011, où comment deux trop rares cinéastes américains filment des hommes perdus et de beaux visages féminins.


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